Kirghizstan, entre valeurs et intérêts.

juillet 25 | Posted by D. Forget | CEI

En ces temps où l’on promeut le système occidental comme seul véritable modèle démocratique, il est intéressant de constater que tous les défenseurs de ce même modèle que nous ne manquons pas de porter au nu dés que l’ordre moral avec lequel nous sommes très liés est douloureusement maltraité, ne sont pas aussi irréprochables dans leur conduite quand leurs intérêts, éminemment supérieurs, sont en jeu.

Les récentes élections présidentielles au Kirghizstan débouchant sur la victoire controversée du président sortant Kurmanbek Bakiyev puisque rapidement dénoncée par les observateurs de l’OSCE comme non conforme aux impératifs démocratiques, témoignent de la triste réalité des mécanismes politiques au niveau international.

La base aérienne de Manas, dernière base américaine en Asie centrale depuis la fermeture de la base de Karshi-Khanabad en Ouzbékistan en 2005 voyait en effet son maintien conditionné à la ratification d’un nouvel accord sur le prix de son bail. Accord qui fut signé en juin dernier au grand dam de Moscou qui se refuse à voir sa sphère d’influence menacée alors même que le Kirghizstan fait parti de la Shanghai Cooperation Organisation (Chine, Russie, Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) dont l’un des buts est le contrôle stratégique de la région.

La Fédération de Russie, non content d’avoir investi deux milliards de dollars au Kirghizistan avait par ailleurs obtenu du président Bakiyev l’installation d’une seconde base militaire à Och, dans la vallée de Ferghana, en plus de celle de Kant (vallée de Chuy) et du centre d’essai d’armement de Karakol dans la région d’Yssik Koul. Autant dire que l’annonce du maintien de la base américaine a de quoi exaspérer Moscou pour qui le projet d’installation du bouclier anti-missiles en Pologne et le réarmement de la Géorgie avec pour objectif son intégration dans l’OTAN constituent déjà des sérieuses menaces d’encerclement.

Le principal chef de l’opposition, l’ancien premier ministre Almazbek Atambayev et actuel président du Parti social-démocrate du Kirghizstan aurait certainement aimé pouvoir compter sur de fermes condamnations de Washington, il y a pourtant fort à parier que ce petit pays d’à peine 5,3 millions d’habitants dont le seul intérêt est conféré par sa situation géographique ne reçoive pas de l’Ouest l’appui moral escompté, mais à l’inverse, de l’Est, de sévères remontrances.

D. Forget
25/07/2009

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