Iran, politique en trompe-l’-oeil ?

juillet 30 | Posted by D. Forget | Moyen Orient

Les rĂ©centes Ă©lĂ©ctions prĂ©sidentielles en Iran ayant vu leur lĂ©gitimitĂ© mise en doute par la communautĂ© internationale et la majoritĂ© des citoyens iraniens, il n’aurait pas Ă©tĂ© surprenant que le guide suprĂȘme, l’ayatollah Khamenei, prenne fait et cause comme il l’avait fait jusque lĂ , pour son candidat conservateur victorieux, Mahmoud Ahmadinejad. Or le soutien d’hier n’est plus.

En quelques jours, nous avons assistĂ© Ă  la nomination de Rahim Mashaie par Ahmadinejad.au poste de vice-prĂ©sident, puis Ă  son Ă©viction imposĂ©e par le guide suprĂȘme Khamenei pour ses propos datant de 2008 dans lequel il affirmait que l’Iran Ă©tait « l’ami du peuple israĂ©lien et du peuple amĂ©ricain» dans ce qui a Ă©tĂ© bien rapidement appelĂ© par la presse « le premier revers pour Ahmadinejad » en faisant alors valoir l’existence de tensions dans les relations entre le prĂ©sident et l’ayatollah.

La nomination de Mashaie fut Ă©galement accompagnĂ©e de celle d’Ali Akbar Salehi Ă  la tĂȘte de l’Organisation Iranienne de l’Energie Atomique. Salehi ayant fait parti de l’Ă©quipe dirigĂ©e par Hassan Rowhani lors des nĂ©gociations sur le programme nuclĂ©aire iranien qui amena la RĂ©publique Islamique d’Iran Ă  signer le protocole additionnel au traitĂ© de non prolifĂ©ration nuclĂ©aire prĂ©voyant entre autre une totale libertĂ© de mouvement aux inspecteurs de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique, il est aujourd’hui considĂ©rĂ© comme un rĂ©formateur et un homme ouvert au dialogue.

En ces temps oĂč l’opinion internationale condamne fermement la politique tant intĂ©rieure qu’extĂ©rieure iranienne et que l’opposition nationale, qu’elle soit rĂ©formatrice, modĂ©rĂ©e ou simplement contre l’utilisation de procĂ©dĂ©s Ă©lectoraux dĂ©lictueux fait quotidiennement savoir qu’elle n’entend pas se satisfaire de l’Ă©lection d’Ahmadinejad Ă  la prĂ©sidence de l’Iran, il ne serait pas illogique de se demander si les dissensions affichĂ©es par le camp conservateur ne servent pas les intĂ©rĂȘts mĂȘme de ceux qu’elles prĂ©tendent affaiblir.

En nommant deux personnalitĂ©s publiquement rĂ©putĂ©es pour leur ouverture Ă  des postes stratĂ©giques, Mahmoud Ahmadinejad pourra profiter sur le plan international d’une nouvelle image contrastant avec celle qu’il portait jusque lĂ . Peu importe donc que la nomination fut temporaire puisque l’effet d’annonce, propagĂ© et amplifiĂ© par les mĂ©dias, fait Ă  l’intention affichĂ©e une publicitĂ© aussi importante qu’Ă  celle d’une titularisation durable. Par ailleurs, l’ayatollah Khamenei en rejetant la nomination par Ahmadinejad de Rahim Mashaie, dĂ©bouchant sur une opposition inhabituelle par sa durĂ©e, affiche ainsi une distance nette avec celui que l’on disait son protĂ©gĂ©. Moyen somme toute habile d’attĂ©nuer les critiques sur les dĂ©rives Ă©lectorales et de faire renaitre l’idĂ©e d’un semblant d’objectivitĂ© du guide suprĂȘme.

Ainsi, en prĂ©tendant le camp conservateur non seulement instable et divisĂ©, mais plus encore, en proie Ă  un avenir incertain, puisque depuis le limogeage de Gholam Hossein Mohseni Ejeie (ministre des renseignements), et la dĂ©mission refusĂ©e du ministre de la culture Hossein Safar Harandi, dix des vingt-et-un ministres du gouvernement de 2005 ont Ă©tĂ© remplacĂ©s et que le prochain changement ministĂ©riel survenant avant la prĂ©sentation du nouveau gouvernement obligerait le dit cabinet Ă  se soumettre Ă  un vote de confiance du parlement, le pouvoir politico-clerical prĂ©tenduement en opposition pourrait alors provisoirement illustrer son dĂ©saccord en arguant d’une dĂ©sunion, largement suivie mĂ©diatiquement, dangereuse tactiquement et donc, vraisemblable.

D. Forget
30/07/2009

Leave a Reply