Vaclav Klaus et l’enjeu europĂ©en.

octobre 15 | Posted by D. Forget | Union Européenne

Il est pour tous Ă©vident qu’il ne peut en aucun cas ĂŞtre considĂ©rĂ© comme acceptable que la conduite d’un homme, fut-il le reprĂ©sentant lĂ©gitime d’un Ă©tat souverain, est telle qu’elle prĂ©domine et exerce seule une influence dĂ©cisive sur le quotidien de près d’un demi-milliard d’individus, sans se soucier de l’immobilisme dans lequel elle prend le risque de faire plonger l’institution source de leur union.
Il n’est pas davantage acceptable que l’adhĂ©sion pleine et entière d’une majoritĂ© de citoyens de nations ayant fait le choix d’une union Ă©conomique et politique se voit remise en cause par le dĂ©sir d’un homme de passer outre le dĂ©sir du plus grand nombre et d’imposer sa volontĂ© de façon hĂ©gĂ©monique par la mise en oeuvre d’une politique volontairement isolationniste et contre-productive.
Il n’est en effet pas concevable qu’une telle dĂ©marche ainsi que l’apathie en dĂ©coulant puissent durablement prospĂ©rer et invalider la raisonnable Ă©volution d’un système institutionnel supranational dĂ©passĂ©.
(C’est du reste dans cette optique que le traité de Lisbonne rendra le processus décisionnel au sein du Conseil plus efficace en instaurant le vote à la double majorité dans un grand nombre de domaines.)
Il est donc légitime de se demander quelles sont les possibilités offertes dans une pareille situation.
L’idĂ©e d’appliquer le traitĂ© sans la RĂ©publique Tchèque n’a jamais Ă©tĂ© rĂ©ellement Ă©tudiĂ©e. Il est de loin acceptĂ© par tous que l’Union ne peut se permettre de perdre dans le sillon de son nĂ©cessaire dĂ©veloppement un Ă©lĂ©ment au centre de son dispositif institutionnel. Il serait pourtant bien regrettable de penser que les consĂ©quences d’un report, mĂŞme succinct, de l’entrĂ©e en vigueur de ce traitĂ©, seraient relatives et sans gravitĂ©.
En raison de l’augmentation des provocations verbales, Ă©conomiques, culturelles ou militaires des divers reprĂ©sentants du pouvoir des nations dans lesquelles l’intĂ©grisme religieux ou le fanatisme communautaire font loi, l’Union EuropĂ©enne n’aura d’autre choix pour satisfaire Ă  la protection de ses concitoyens que de jouer un rĂ´le fondamental sur la scène internationale, celui du garant de la stabilitĂ© mondiale dans un monde multipolaire.
Il lui faudra pour cela parler d’une voix forte et cela ne se fera pas sans l’unitĂ© portĂ©e par le TraitĂ© de Lisbonne et indispensable Ă  sa crĂ©dibilitĂ©.
Les moyens de pression contre le prĂ©sident tchèque Vaclav Klaus existent pourtant au niveau national et international. Si tentĂ©, et cela sera le cas, que le traitĂ© de Lisbonne entre effectivement bientĂ´t en vigueur, la Commission EuropĂ©enne de 2014 (passage de 27 Ă  18 commissaires) pourrait fort bien ne pas compter de tchèque dans ses rangs. Les diffĂ©rents acteurs europĂ©ens, qui, persuadĂ©s que le traitĂ© entrera en vigueur d’une façon ou d’une autre font en effet donc clairement savoir Ă  Vaclav Klaus que son entĂŞtement ne jouera en rien dans la reprĂ©sentativitĂ© de son pays au niveau de la Commission.
Il est par ailleurs à signaler que le passé de Vaclav Klaus n’est pas exempt de zones d’ombres. Plusieurs affaires de corruption ou encore l’existence de supputations sur les potentielles relations entretenues depuis de nombreuses années entre l’intéressé et les services de renseignements extérieurs de la Russie (SVR) pourraient également lui valoir une campagne de dénigrement.
Au niveau national, plusieurs dĂ©mocrates de l’ODS au gouvernement Ă  commencer par son leader, Michel Topolanek, ainsi que l’opposition, les socio-dĂ©mocrates du CSSD pourraient intenter un recours en manquement contre Vaclav Klaus qui, depuis quatre ans, n’a toujours pas signĂ© l’avenant au TraitĂ© sur la Charte Sociale EuropĂ©enne. Dans le cas oĂą la cour administrative validerait ce recours, le TraitĂ© de Lisbonne pourrait suivre rapidement la mĂŞme procĂ©dure.
Ce ne sont toutefois pas les seules possibilités, il est également tout à fait possible et envisagé en interne de diminuer le budget présidentiel ou encore la somme allouée aux voyages diplomatiques, ce qui dans le cas d’un président ostensiblement avide de pouvoir et d’autorité pourrait contribuer à une réelle intimidation.

S’il est aujourd’hui une certitude, c’est que l’Union Européenne n’attendra pas et entend le faire clairement savoir.

D. Forget
15/10/2009

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