La France et la non prolifération nucléaire.

octobre 21 | Posted by D. Forget | Union Européenne

Alain Juppé, Bernard Norlain, Alain Richard et Michel Rocard, signataires d’un plaidoyer[1] pour un désarmement nucléaire mondial font état de leur souhait de voir la France jouer un rôle de premier ordre dans le respect de la non prolifération des armes nucléaires. Ils préconisent pour ce faire que la France réduise son potentiel nucléaire de façon à se présenter comme «un acteur créatif et dynamique du processus de désarmement effectif et équilibré» potentiellement susceptible de s’engager car sollicité par une majorité d’individus et de nations.

On pourrait toutefois rétorquer que les vicissitudes des ressortissants d’une nation ne sont pas toujours, loin de là, l’objet d’une vive attention de la part de leurs dirigeants, car s’il est une constante notable qui semble ici délaissée, c’est que nombre d’Etats à l’instar de la Corée du Nord ou de la République Islamique d’Iran, désireux ou en passe d’obtenir des capacités nucléaires militaires ne sont pas des exemples de démocraties dont l’engouement premier consiste à rendre des comptes à leurs administrés.

Par ailleurs, dans la mesure où des états tels que l’Inde, Israël et le Pakistan ne peuvent aujourd’hui se joindre au TNP qu’en qualité d’Etats non dotés de l’arme nucléaire et que leur contexte géostratégique est tel que nous ne pouvons espérer à court comme à moyen terme les voir renoncer à un programme circonscrivant les potentielles dérives bellicistes de leurs voisins à un niveau qui, s’il n’est pas pour autant sans danger, reste dans la mesure de l’acceptable, comment considérer que la non-prolifération nucléaire retrouverait son assise ainsi qu’un regain de crédibilité dans une diminution significative, même concertée, des stocks nucléaires militaires mondiaux des EDAN parties au TNP ?

Même dans un avenir lointain, il est très improbable que l’Inde et le Pakistan renoncent jamais à ce qui est très vite devenu un acquis prééminent de leur politique de défense. Il n’est de surcroit pas forcément souhaitable non plus que ce soit le cas si l’on souhaite maintenir un équilibre multipolaire. Car de tels pays peuvent également représenter de solides contre-poids indirects et collatéraux, devant les visées hégémonistes de leur voisin chinois, remplissant le rôle effectif que le Japon refuse depuis des années de se voir attribuer.

Il est du reste difficile de défendre l’idée d’une diminution de l’arsenal nucléaire français attendu que notre doctrine de dissuasion se trouve fondée sur l’application du principe de la stricte suffisance et que dés lors, toute réduction des stocks opérationnels conduirait de facto la France à une situation au mieux maladroitement imprudente, au pire amèrement critique car plaçant notre nation dans l’incapacité de faire face aux plus hauts degrés de menaces propres au contexte stratégique conjoncturel.
Il ne serait pas plus judicieux de considérer que l’échec de la non-prolifération trouve ses causes dans l’incurie et le renoncement des EDAN parties au Traité à user d’une politique contraignante vis à vis des Etats non signataires tant le TNP est d’une légitimité toute relative, mais il est patent qu’une diminution même notable des arsenaux nucléaires des EDAN «licites» comme «illicites» n’auraient aucun impact sur les pays s’étant publiquement dirigés vers une voie de défection nucléaire en signant le TNP mais s’efforçant tout de même aujourd’hui à acquérir son potentiel militaire, faisant fi de leurs engagements internationaux en usant de surcroit d’une politique volontairement provocante.

[1] A. Juppé, B. Norlain, A. Richard, M. Rocard; « Pour un désarmement nucléaire mondial, seule réponse à la prolifération anarchique. » Le Monde – 14 octobre 2009

D. Forget
21/10/2009

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