Yémen, un sempiternel conflit.
janvier 31 | Posted by D. Forget | Moyen Orient
La politique du président Ali Abdallah Saleh, réussissant bon gré, mal gré, à maintenir un semblant de cohésion dans un pays marqué par de puissantes dissensions, peut qui plus est, depuis quelques jours, non seulement compter sur le soutien politique et financier jusque là acquis, du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Koweït, Bahreïn, Qatar et Oman) que le Yémen devrait à court terme rejoindre mais également sur le soutien erratique et motivé de la Communauté Internationale porté par la crainte patente du groupe terroriste Al Qaïda implanté dans le sud-est du pays.
La présence d’Al Qaïda, facilité par les mouvements séparatistes régionaux et plus particulièrement par l’activité d’Ali Salam Al-Bid, ancien président de la République Démocratique et Populaire du Yémen (Yémen du Sud) et auteur dés 1994 d’une tentative sécessionniste contraint donc Sanaa à opérer militairement dans ses provinces de Sana, Shabwa, Maarib et Abyan.
L’aide de Washington, partenaire de Sanaa dans sa lutte contre le terrorisme depuis 2001, est elle bien présente, quoi que plus discrète et officiellement logistique afin de ne pas inciter les chefs tribaux et religieux islamistes à recourir à des actions militaires et au Djihad avec pour objectif de contrer une ingérence occidentale jugée trop invasive et non ciblée.
Il est très probable que les troupes d’Al Qaïda s’attaquent à court terme aux installations pétrochimiques des provinces de Hadramawath et de Shabwa afin de nuire «efficacement» à l’économie yéménite. On peut également imaginer que des actions de sabotage ou de piraterie aient lieu dans le Golf d’Aden et dans la prolongation Ouest de la Mer Arabe.
Les rebelles chiites (de culte zaydite) Al Houti portant régulièrement atteinte à la stabilité de la province de Sadah et à la souveraineté de l’Arabie Saoudite voient quant à eux leur capacité à exercer un mouvement séditieux compromise par l’action concertée du pouvoir de Sanaa et de Ryad.
Outre le point de vue humain et les déplacements de population inhérent à tout conflit (250.000 déplacés depuis les offensives de 2004), la capacité de nuisance de la rébellion chiite est amoindrie par son incapacité à porter atteinte aux intérêts économiques yéménites et en particulier à son infrastructure gazière et pétrolière.
Le confinement des rebelles et leur incapacité à faire face durablement aux troupes officielles saoudiennes et yéménites les contraindra à abandonner un conflit qu’ils savent ne pouvoir gagner et les obligera à ne pas intenter de violation de l’espace saoudien en accord avec la proposition de cessez-le-feu diligentée par Sanaa.
L’accord ne durera pourtant pas, et ce même en imaginant que le gouvernement yéménite fasse preuve d’un zèle considérable en faveur de l’unité nationale. Il ne s’écoulera en effet pas de longues années avant que le contexte géostratégique propre à la dynamique régionale dont le caractère éphémère semble devenir une constante requière à nouveau une zone d’instabilité en mesure d’affaiblir la dynastie Al Saoud. Il y a alors fort à parier qu’il ne manquera pas de chefs tribaux zaydites pour s’essayer à éprouver militairement la porosité de la frontière saoudienne et faire ainsi le jeu de puissances voisines.
D. Forget
31/01/2010


